Cela aurait dû être un choc ! Mais l’affrontement annoncé aura finalement donné lieu à un émouvant exercice de confession mutuelle où, de souvenirs d’enfance en évocations de la figure du père, Michel Onfray rêve de frugalité et Pierre Rabhi de jubilation. Un signe des temps, assurément.
On s’attendait à un vif affrontement entre deux pratiques et deux conceptions diamétralement opposées du bonheur : d’un côté, l’hédonisme solaire de Michel Onfray, qui n’a de cesse depuis vingt-cinq ans de réveiller en chacun le « désir d’être un volcan », invite nos existences à se défaire de la culture de la culpabilité héritée de la civilisation judéo-chrétienne pour s’adonner à tous les plaisirs des sens et cueillir la rose de chaque jour ; de l’autre, l’appel formulé par l’agroécologiste Pierre Rabhi, depuis qu’il a quitté Paris au début des années 1960 pour se retirer dans une ferme en Ardèche, à renoncer à tous les plaisirs factices de la civilisation industrielle et cultiver une nouvelle ascèse, à base de « sobriété heureuse » et de respect de dame Nature. Nous nous attendions à un « clash » en bonne et due forme, radical et profond. Et nous n’avions pas économisé notre énergie pour le rendre possible : puisque nos deux hérauts du bonheur ne pouvaient se rencontrer qu’à une seule date, non pas en Ardèche ou en Normandie, mais en Italie, à Turin, où un week-end était organisé autour du parcours de Pierre Rabhi par le festival Les Sentiers et les Rémiges, nous avons embarqué Michel Onfray, très motivé pour l’occasion, depuis Argentan, dans l’Orne, jusqu’à Turin, via Paris et Milan, dans un train, un avion et une voiture de location, pour le mener à son contradicteur.













