Najib Mikou
Consultant en Prospective et Etudes Stratégiques

Corona ou pas Corona, tout prête à affirmer que notre pays ira vers des élections générales à leur rendez-vous précis. On assistera bel et bien en ce 2021, au renouvellement de tous nos élus, aussi bien au niveau communal, régional, professionnel que législatif. Une belle posture d’un Etat qui se tient droit dans ses bottes démocratiques.

Il est néanmoins, nécessaire de rappeler ici que nous avons assisté lors de précédentes élections du même niveau d’importance, à des taux de participation très bas, qui portent un coup à la crédibilité de nos institutions élues. Nous sommes 26 millions de citoyens en âge de voter, dont 16 millions d’inscrits dans les listes électorales, et nous nous sommes retrouvés juste avec 5 ou 6 millions d’électeurs qui ont pris le chemin des urnes, dont quelques 20% ont voté blanc. Avec qui plus est, un tout petit, pour ne pas dire insignifiant, 1,5 millions de voix au profit du 1er parti, ce qui lui a suffit pour constituer une majorité, un gouvernement et pour le présider même, au nom de … 40 millions de Marocains d’ici et d’ailleurs.

Il relève du non sens, de l’absurde même, que de passer des mois et des mois pour élaborer, réaménager et adopter des lois électorales, d’engager des centaines de millions de Dirhams du budget de l’Etat pour financer l’organisation des scrutins, et au moins autant de la poche des candidats pour financer leurs campagnes électorales, de tenir tout un pays en haleine pendant des semaines et des jours trop contraignants, pour finalement un tel résultat. Touuuuut ça pour ça ?!!!!

Chacun ira de ses interprétations et réflexions pour nous expliquer le pourquoi du comment de ce maigre score. Mais, la certitude implacable est que notre pays, nos populations, nos opérateurs économiques et sociaux, vivent les élections, et plus particulièrement celles de ce 2021, comme un moment de vérité où ils tiennent à recevoir l’offre concrète et précise de la classe politique, en réponse à des problématiques auxquelles ils se heurtent au quotidien.

Elles vont du pouvoir d’achat, de l’état du quartier, du logement, de l’hôpital et du transport urbain, jusqu’à la création massive d’entreprises et d’emplois, l’industrialisation du pays, la dépendance à la pluviométrie, le stress hydrique, la digitalisation, la sécurité écologique, la sécurité énergétique, la sécurité alimentaire, la sécurité sanitaire, l’intégration de notre Économie, la qualité de l’Enseignement, notre socle des valeurs partagées, nos vulnérabilités sociales, la dette publique, les sources de financement de notre Économie, le développement des IDE, la fuite des cerveaux, le développement régional, le déphasage du monde rural, l’anticipation et la gestion des risques, la compétitivité de nos entreprises, la politique fiscale, l’élargissement de la classe moyenne, le développement des exportations et j’en passe.

  • Le préalable programmatique porteur d’un rêve collectif

Autant de questions et bien d’autres, très complexes, dont l’actualité n’est plus à démontrer et que la pandémie du Coronavirus a davantage amplifié et rendu encore plus pressantes. Nos partis politiques, seuls acteurs en course dans ces élections, ont par conséquent, l’obligation d’être visionnaires, novateurs, concrets et pragmatiques, pour être capables d’y apporter les réponses idoines, et surtout d’expliquer le modus operendi à toutes leurs réponses.

Pas du tout besoin de programmes électoraux bourrés de promesses invraisemblables ni de course effrénée à la surenchère. Les défis sont clairs et tout aussi grands que multiples. Nous avons par conséquent, besoin de solutions systémiques à leur hauteur, pour aboutir in fine, au développement économique, à la justice sociale, au renforcement des valeurs et référentiels partagés, et au rayonnement international de notre Royaume, qui constituent le grand rêve collectif.

Faut-il rappeler ici que lorsqu’un seul homme rêve, ce n’est qu’un rêve, mais quand Le Monarque et son peuple portent ensemble ce même rêve, ça devient une nouvelle réalité et de nouvelles espérances qui ne peuvent être ni étouffées ni indéfiniment frustrées ou reportées. D’où la nécessité pour nos partis politiques de s’approprier véritablement ce grand rêve et de se surpasser dans une compétition d’idées, propre et acharnée, à qui peut le décliner en programmes concrets, crédibles, opérationnels, mobilisateurs et fédérateurs.

  • Le préalable de l’ouverture à toutes les compétences nationales

Par ailleurs, et au vu de ces grandes questions qui nous interpellent avec autant de force et de pression, les élus de demain qui vont porter et mettre en œuvre les réponses au niveau de l’ensemble des compartiments qu’ils vont occuper, devront faire montre de patriotisme sans faille, de compétence, de discernement, de disponibilité, de serviabilité, d’altruisme, d’engagement, d’humilité, de proximité et d’écoute.

Les prochaines élections ne peuvent pas, ne doivent pas servir de simple ascenseur social aux candidats ni de machine infernale à récolter coûte que coûte, le plus grand nombre de sièges aux partis. Elles doivent faire éclore les meilleurs et les plus patriotes parmi nous, pour relever les grands défis et cultiver la confiance et l’espérance collectives, Oh combien indispensables pour notre pays.

Pour ce faire, nos partis politiques en lice, devraient puiser dans leurs meilleures réserves de militants, mais sans s’en contenter. Ils devraient s’ouvrir également, à des compétences et des valeurs sûres en dehors de leurs rangs, femmes et hommes, jeunes et moins jeunes, de l’intérieur et à l’étranger, pour mettre à contribution l’ensemble des potentialités de la Nation.

Il est inadmissible que nos partis ne fassent pas appel à des ”lumières” que compte notre société civile en grand nombre, juste parce qu’elles ne font pas partie de leurs rangs. Nous ne connaissons que trop bien le taux faible d’affiliation à nos partis pour moult raisons, d’où l’intérêt évident qu’ils aillent se ressourcer en dehors de leurs murs, dans une société civile qui foisonne d’intelligence, de savoir-faire, d’intégrité et de volonté sincère de servir le quartier, la commune, la région, la communauté, le Maroc.

Les élections ne sont certes, pas un examen de passage à une classe supérieure, ni un concours d’embauche, mais il est un fait certain qu’elles font accéder à la gestion de choses trop importantes pour qu’elles soient confiées à des amateurs ou au commun des mortels, au nom de … la démocratie. Ceci dit, le diplôme ne peut, ne doit suffire dans de telles situations. Les instances élues ne sont nullement des bureaux d’études ou des cabinets conseils. L’expérience et la proximité sociale, ont forgé bien des femmes et des hommes qui sont aujourd’hui des bac + 20, sans jamais avoir eu le bac.

Mais, si la proximité, la serviabilité, le don de soi, la disponibilité, l’humilité, l’exemplarité et la probité, doivent être des exigences nécessaires dans tous les compartiments élus, il est par contre, indispensable de monter en échelle d’exigences, quand il s’agit de responsabilités clés dans les communes et les régions, ou d’être amené à étudier, débattre et décider de lois et de choix encore plus complexes, au niveau du Parlement ou encore du Gouvernement.

  • Le préalable de campagnes électorales propres

Par ailleurs, nos campagnes électorales sont malheureusement parfois, entachées de comportements malsains qui donnent une piètre image de cet événement devant pourtant, être la grande fête de la démocratie et du renouvellement des élites.

L’usage de l’argent pour avoir les voix de populations vulnérables, l’achat de voix de grands électeurs, ou encore les réceptions généreuses déguisées en meetings, sont des comportements indignes du Maroc d’aujourd’hui et de demain, auquel nous aspirons tous. De même que les animations folkloriques et la distribution à tort et à travers, de millions de papiers, sont générateurs plutôt de pollutions sonore et environnementale, qui rendent désagréables nos espaces de vie collective. Là également, nos partis politiques sont interpellés pour y mettre fin, afin de forcer et mériter le respect des citoyens.

Ceci n’est ni un discours moralisateur ni encore moins une leçon adressée à qui que ce soit. Tant s’en faut. C’est un cri citoyen pour que notre démocratie soit un véritable outil de gouvernance représentatif, compétent, constant et inclusif de toutes les potentialités et les voix de notre pays, au lieu qu’elle soit réduite à un système verrouillé, déconnecté de la vie publique et donc, bouté jusqu’à ne plus être porté que par des votes minoritaires au profit d’intérêts encore plus minoritaires et impopulaires.

La réconciliation du plus grand nombre avec les urnes, passera inévitablement par ces préalables qui constituent la véritable clé pour parvenir à reconstituer le capital-confiance en nos partis politiques, qui s’est érodé dès lors que leur temps, aussi bien politique que social, s’est trompé de chemin.