Nous assistons, depuis que ce maudit coronavirus a fuit d’entre les doigts ou les souks des Chinois pour se propager à travers la planète et provoquer un véritable désastre humain et un chaos économique et social, à un foisonnement sans précédent d’analyses, d’hypothèses, de scénarii, de projections, de recommandations scientifiques, économiques et sociales, visant à aider l’humanité et les Etats, à se sortir de cette crise inédite et à rebondir avec les moindres massacres possibles.

Il faut avouer que la situation est critique, pour ne pas dire chaotique, et que les lendemains qui nous sont présagés pour les quelques années à venir, ne le sont pas moins.

A la quasi unanimité des experts, des années de ”vaches squelettiques” se dessinent à l’horizon immédiat.

Mais si ce verdict sans appel paraît recueillir l’unanimité, la palette des propositions de sortie de crise, reste encore à vanner, tellement les formules et potions magiques, vont dans tous les sens et aucune ne s’érige encore en élixir, quoiqu’elles convergent toutes sur le nom du sauveur : l’État.

Ceci dit, et à l’exception de très rares réflexions sur les lendemains politiques de la crise, “le politique” se distingue en parent pauvre des réflexions et projections post-corona.

En prenant mon courage à deux mains pour m’y immerger, je ne sais pas si je devrais m’excuser auprès d’une humanité qui a vraiment la tête ailleurs pour le moment, tellement les vies humaines sont fortement menacées et les Economies tout aussi sources de vie, sont effondrées.

Si le Coronavirus a mis à nu la fragilité et la frilosité de nos systèmes de gouvernance, à commencer par ceux des grandes puissances elles-mêmes, il a démontré dans le même temps et avec non moins d’efficacité, la fragilité, la frilosité et toutes les limites du néolibéralisme promoteur inconditionnel d’un modèle où l’Etat doit se cantonner dans un rôle strictement marginal à gérer les actes de naissance et autres certificats de décès, où l’opérateur privé doit agir en acteur omnipotent, auquel le Monde doit obéir au doigt et à l’œil, et où les institutions de gouvernance démocratique quand elles existent, doivent se plier à servir et reproduire ses intérêts.

Un état de fait

Il faut quand même rappeler ici que les machines de gouvernance, se portaient déjà très mal bien avant le Coronavirus et que des expressions sociales de plus en plus fortes et persistantes, jaillissaient ici et là à travers le monde, n’épargnant ni les nations berceau de la démocratie ni celles qui s’acclimataient peu ou prou à ce modèle de gouvernance.

Les dysfonctionnements des institutions démocratiques, l’éclectisme et l’inefficacité des politiques publiques, le déphasage de partis politiques forteresses et machines rouillées à courir derrière un pouvoir tronqué et fragile, l’opportunisme déconcertant de larges pans des élites nationales, sont depuis assez longtemps maintenant, dans la ligne de mire de la contestation sociale.

De la démocratie à « l’absurdocratie »

Le monde va structurellement mal, encore plus mal aujourd’hui, parce que la démocratie 1.0 va profondément mal. La Démocratie qui a été inventée par le génie humain et construite par la conviction et le sacrifice de centaines de millions de vies humaines à travers les temps et les espaces, pour servir les nobles ambitions d’égalité des chances, de liberté, de justice sociale, de droit au développement, de respect des différences, de paix entre les nations, de partage de valeurs universelles, devient de plus en plus aujourd’hui, l’outil de légitimation, de protection et de reproduction d’intérêts bassement égoïstes et sordides, atteint de cécité et de surdité par l’exercice d’un pouvoir au service d’un néolibéralisme asservissant du plus grand nombre.

Conséquence tautologique, la démocratie 1.0 a cessé d’être le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple, pour devenir le gouvernement du peuple par le peuple pour une infime minorité dominante du peuple. Elle a en effet, dégénéré vers “l’absurdocratie” qui est le stade ultime de son impertinence, de sa décadence et de son obsolescence.

Trois phénomènes majeurs ont accouché de ce mal-être  social davantage exacerbé aujourd’hui par les corollaires sociaux dévastateurs du Coronavirus, à savoir :

▪ L’émergence d’inégalités sociales et spatiales abyssales, béantes et gravissimes,

▪ L’émergence de sociétés civiles électrons libres dynamiques et engagés,

▪ Et l’émergence de réseaux sociaux devenus le cadre privilégié de toutes les contestations et dénonciations.

Leurs retombées ne se sont pas faites attendre et sont de trois ordres également :

▪ Les gouvernements en place, sont de plus en plus malmenés et fragilisés à cause de leur incapacité à donner du sens à leurs actes, et de l’assurance, de la visibilité et de l’espoir à des populations déjà vulnérabilisées par les dérapages antérieurs et aujourd’hui déboussolées, désemparées  par l’ampleur des dégâts essuyés.

▪ Les communautarismes et populismes conquièrent davantage de terrain et s’infiltrent jusqu’aux sommets des Etats,

▪les violences se multiplient et le terrorisme s’installe en format flexible, nomade et ravageur, amenant à la rétraction des espaces de liberté et à davantage de repli d’une démocratie déjà comateuse.

Ainsi va le monde. Une anarchie sournoise, un lumpen développement, des lumpen minorités néolibérales exerçant leur asservissement au nom et avec les outils même de la démocratie.

Rien n’est par conséquent, plus prioritaire aujourd’hui pour les citoyens à travers le monde, que leur bien-être et leur affranchissement de toutes les menaces qui les guettent et de leur soumission aux diktats d’un marché prédateur et sans état d’âme.

L’Etat providence plus que jamais acclamé

Rien n’est plus prioritaire aujourd’hui pour les peuples, que des Etats forts reprenant les pleins pouvoirs et agissant en toute souveraineté interne et externe, en stratèges, investisseurs, accompagnateurs, régulateurs, protecteurs, acteurs forts et justes.

Les Etats sont fortement interpellés aujourd’hui non pas seulement pour prendre à bras le corps tous les risques financiers et générationnels pour sauver les Économies, mais également et surtout, pour reprendre les rênes du pouvoir sans ménagement ni compromission ni soumission à quel que centre d’intérêt que ce soit.

Ainsi devra être le post-corona politique du monde pour transformer les difficultés chaotiques de gouvernance d’aujourd’hui, en véritable opportunité de conversion d’une démocratie à bout de souffle, otage des plus riches et faisant le lit de toutes les violences et de tous les extrémismes dévastateurs, en une démocratie 2.0, véritable levier de développement humain, collectif et durable.

Mais, ce plus d’État et ce beaucoup mieux d’État dans le monde, ne peut ni ne doit être compris ou perçu ou encore moins exercé comme étant une forme relookée de dictature des temps modernes.

Quid du Maroc ?

La démocratie 2.0 devra être le mode de gouvernance qui renforce les institutions, toutes les institutions, chacune selon ses prérogatives et son spectre d’intervention, mais dans une nouvelle logique d’équilibre, de complémentarité, de convergence et d’obligation de résultat. Chacune d’elles étant là comme délégataire d’un pouvoir qui lui est confié par un Centre de pouvoir légitime.

Ainsi sera notre pays s’il saura mettre pleinement à profit tous ses atouts, dont une Monarchie ancestrale profondément ancrée dans la vie et la culture collective, un Monarque tout aussi Homme d’Etat Exceptionnel, Visionnaire, Stratège, que Proche de son peuple, un pays stable et ouvert sur le monde, un peuple fortement attaché aux conditions de sa dignité, à sa prospérité, à sa diversité culturelle et à sa sérénité sociale.

Nous avons sans conteste, tous les atouts pour accéder à la démocratie 2.0, sans le moindre complexe, sans la moindre discrimination péjorative et infondée, mais également sans plus aucune perte de temps ni concessions inutiles, injustifiées, à une quelconque médiocratie au nom d’une démocratie 1.0 mise davantage à mal par le Coronavirus et rendue par la force des choses, caduque, obsolète, facteur d’obstruction et de nuisance à notre développement et à notre stabilité.

Le mode de gouvernance de la crise du Coronavirus chez nous, pendant ces derniers mois, en dit long et rend inacceptable, impossible, inconcevable, un retour à la gouvernance ante Coronavirus. Non seulement personne ne sera capable d’en assumer les retombées, mais surtout personne n’a le droit d’en avorter les espérances.

À la reconnaissance unanime, les Marocains ont découvert en l’espace de trois mois seulement, un autre Maroc à tous points de vue, dont ils ont toujours rêvé. Notre Maroc du Coronavirus nous a impressionnés par ses anticipations, sa mobilisation, ses décisions, son discernement, son art, sa manière, son rythme, sa diligence, ses prouesses, sa consonance, sa proximité, son élan patriotique, mettant en phase tous les ingrédients d’une nouvelle révolution du Roi et du Peuple, version 21ème siècle.

Les contours d’une démocratie 2.0

Notre démocratie 2.0 doit traduire et refléter ce nouvel élan, cette nouvelle donne fondamentale, en faisant asseoir tous ensemble, au cockpit de gouvernance, tous nos principaux Centres de responsabilité, tout aussi intrinsèquement performants les uns que les autres, que équilibrés et complémentaires, pour agir sous l’égide et le pilotage direct de Sa Majesté Le Roi dans une symbiose magique.

Le nouveau modèle de développement en perspective, tombe à point nommé. Il est le cadre approprié pour décliner les contours et les outils de notre démocratie 2.0, à laquelle on doit accéder de plain-pied, en évitant tout “modèle clé en main” forcé par des formatages internationaux, de même qu’en évitant tout reniement ou banalisation de nos valeurs, de nos différences, de nos repères distinctifs…

Ainsi, le Coronavirus aura été pour le monde et pour nous, malgré toutes ses retombées dévastatrices et même tragiques, une chance salvatrice, une opportunité décisive pour un post-corona meilleur où tout ou presque, cessera de marcher sur sa tête et où chaque chose retrouvera enfin sa bonne place, sa juste dimension, sa juste valeur.

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