En ce 22 septembre, date de tenue du Conseil du BAM, Monsieur Le Wali de cette institution particulièrement stratégique, est resté encore une fois dans ses bottes et strictement conforme à son diminutif distinctif que je me permets de lui donner dans le grand respect obligé et la haute considération évidente, que je dois à l’homme exceptionnel qu’il est à mes yeux :

Monsieur “PRO” pour Prudence, Rigueur, Orthodoxie, comme pour dire à tous les protagonistes : je ne change rien tant que rien ne change.

Bien plus, il a tenu à revenir sur l’option de “la planche à billets” qui surgit et séduit ici et là, en ces temps de profonde crise économique induite par le Coronavirus, pour mieux réitérer son niet catégorique et sans appel ni équivoque, du 16 juin dernier à ce sujet, en raison de tous les effets néfastes et très dommageables d’une telle disposition sur notre pays, tant aux niveaux national qu’auprès du FMI tout particulièrement, dit-il.

L’homme a la mémoire suffisamment vive pour rappeler aux amnésiques le précédent de la crise du début des années 80 du siècle dernier, qui était dévastatrice.

L’homme a également la tête suffisamment sur les épaules pour rappeler aux vaniteux, que le Maroc n’est ni les États-Unis d’Amérique ni un Etat de l’UE pour se permettre un tel procédé.

Et s’il avait tort ? Non pas que ladite crise n’ait pas été dévastatrice ou que le Maroc ait la même position économique et financière desdits Etats, mais que la planche à billets puisse bien être réinventée et activée autrement que dans la logique classique qui présenterait effectivement un danger pour notre pays !

La planche à billets consistant en une création monétaire politique, dénuée des préalables économiques requis, en termes de correspondance à des activités et des richesses effectives, dans une logique purement comptable du “sauve qui peut”, serait effectivement et incontestablement nuisible, simpliste et naïve.

Néanmoins, il relève aujourd’hui de lapalissade amère que le Coronavirus a porté un coup ravageur sans précédent à l’économie du pays et provoqué autant de dégâts profonds et horizontaux que de besoins financiers extrêmement urgents.

Se contenter de constater le désastre avec le même regard d’avant Corona, de reproduire les mêmes appréhensions et de se référer aux mêmes approches pour y faire face, est à mon humble avis, en déphasage total avec l’ampleur du drame inédit qui s’est abattu sur notre économie depuis sept mois maintenant, et dont les effets sur les court et moyen termes, dépassent les constats et les projections les plus pessimistes.

Oui nous pouvons, et nous devons faire autrement pour sauver notre économie, nos entreprises, nos emplois et par là-même, notre stabilité sociale.

Il n’y a pas meilleur conseiller que la crise. Qui plus est, celle que nous traversons.

Disons-le sans gants ni détours, notre pays a besoin d’un véritable plan de sauvetage, de relance économique et de développement social, qui soit inspiré d’une vision stratégique actualisée, et dont le principal moyen de financement devra être une planche à billets 2.0.

La planche à billets nouvelle génération, inventée, perçue, conçue et déclinée autrement, que je revendique, est non pas seulement une option, mais une résolution urgente pour injecter avec doigté, responsabilité, art et manière, la dose d’argent conséquente dans les artères et les veines de notre corps économique et social asséché, agonisant.

Outre mes propositions successives, publiées pendant tous ces derniers mois, depuis le début de la pandémie, en matière de vision économique, de sauvetage et de relance, de financements multiformes de l’économie, de fiscalité, de modèle social et de mode de gouvernance politique, économique, fiscale… Je soumets ci-après, à l’appréciation de Monsieur le Wali de BAM qui en a publiquement fait la demande auprès des élites, et à un large débat serein, détaché de toute autre considération que l’obligation de sortir du carré, d’innover, de se surpasser, de se détacher de certitudes obsolètes, et le devoir de servitude inconditionnelle à notre Maroc, ma modeste tentative d’utilisation du levier “Planche à billets” sous forme de deux mesures, deux conditions et deux résultats, qui se veut innovante, pragmatique et suffisamment agencée pour que notre pays ne tire de cette solution très controversée, que tous ses avantages sans subir aucun de ses inconvénients.

Les deux mesures 

I- l’amendement des statuts de la Banque du Maroc dans le sens notamment, de sa transformation en Banque de remboursement de la dette intérieure de l’Etat,

II- le rachat par la Banque du Maroc dans le cadre de cette nouvelle mission, de tout le stock actuel de la dette publique intérieure, ayant été investie exclusivement dans des projets d’infrastructures déjà réalisés et correspondant à des activités et à des richesses effectivement constatées.

Il est à rappeler ici que la dette intérieure de l’État, oscille autour de 600 milliards de DH, soit les 2/3 de la dette globale de notre pays, et est détenue principalement par des OPCVM, des assurances et organismes de prévoyance, des banques, la CDG et autres. Soit des institutionnels publics et privés, ayant notamment, vocation à collecter et à placer les dépôts.

Il s’agira par conséquent, d’une création monétaire non pas pour financer des activités encore en perspective, mais pour payer une richesse déjà créée et donc effective et figurant à l’actif du bilan de la comptabilité nationale.

Elle n’est et ne devra jamais être activée pour une dépense de fonctionnement de quelle que nature qu’elle soit, ni même pour le financement d’un nouvel investissement, quand bien même soit-il public.

Les deux conditions 

I- l’argent remboursé à cet effet, devra être injecté par ses porteurs,

– soit directement dans l’Economie dans le cadre d’une approche stratégique et éthique, à travers :

  • différents fonds souverains, à caractère économique, financier et social, dont j’ai fait la proposition dans différentes publications récentes,
  • des disponibilités de crédits bancaires beaucoup plus conséquentes et adaptées,
  • des projets économiques et financiers qui leur sont propres.
  • – soit indirectement :
  • dans la place boursière de Casablanca, aussi bien dans des titres phares que dans d’autres déjà cotés ou dont il faut forcer l’introduction en Bourse, en plusieurs milliers. Faut-il rappeler ici que les places boursières dans les pays émergents et développés, contribuent entre 20 et 50% au financement des économies de leurs pays respectifs.
  • dans de nouveaux bons du Trésor émis par l’État au titre de nouveaux appels à endettement public intérieur.

II- les charges annuelles de la dette intérieure oscillant autour de 110 milliards de DH, qui sont budgétisées et que l’Etat ne paiera plus au titre de dettes intérieures remboursées par la planche à billets, doivent être systématiquement budgétisées et affectées comme suit :

  • pour 1/4, soit 27,5 milliards de DH, pour financer un programme national de Recherche Appliquée et pour subventionner les entreprises innovantes,
  • pour 1/4, soit 27,5 milliards de DH, pour contribuer au financement de la protection sociale dans son spectre le plus large, dont j’ai recensé le contenu dans trois publications antérieures.
  • pour 1/4, soit 27,5 milliards de DH pour compenser le manque à gagner occasionné par l’effort financier d’élargissement de la classe moyenne rurale et urbaine, de discrimination positive des élèves et étudiants du monde rurale et de forestation de plusieurs millions d’hectares.
  • pour 1/4, soit 27,5 milliards de DH, pour la création d’un fonds souverain pour les générations futures.

Les deux résultats attendus 

Grâce à la mobilisation novatrice d’une “Planche à billets” jusque-là bannie à juste titre, dans sa version 1.0, notre pays brisera le cercle vicieux dans lequel il tourne indéfiniment en rond, pour entrer de plain-pied :

I- dans un cercle vertueux de financement qui :

  • se déclenche par une dette publique intérieure dorénavant suffisamment ambitieuse pour juguler des carences et retards abyssales dans des domaines clés, tels que la Santé, l’Enseignement, l’Environnement, l’Energie, les infrastructures logistiques et industriels, la digitalisation de l’Économie et de l’Administration, et suffisamment génératrice d’activités et de richesses, qui figureront en position prioritaire dans les budgets annuels de l’État,
  • se suit par une “Planche à billets” générée par BAM, qui vient rembourser l’intégralité de cette dette intérieure exclusivement dédiée à l’investissement public au fur et à mesure de sa réalisation effective et intégrale,
  • se suit par le placement de l’argent récupéré par les créanciers, dans multiples fonds d’investissement à différents desseins, dans des projets économiques et financiers nouveaux qui leur sont propres, dans la Place boursière de Casablanca et dans l’achat de nouveaux bons du Trésor.
  • se suit par des projets d’investissement publics nouveaux qui font appel à un nouvel endettement public intérieur.

Et ainsi de suite dans une dynamique de machine vertueuse de création monétaire induite par une politique budgétaire d’investissement volontariste et innovante, dans laquelle BAM joue un rôle de relais dynamique à un maillon précis de la chaîne.

Bien plus, l’avantage majeur de cette approche, consiste au fait qu’elle nous installe dans une expansion exponentielle de l’activité économique et de la création des richesses, à travers l’effet boule de neige, sans jamais induire ni turbulences dans les équilibres économiques et financiers intérieurs ni discrédit vis-à-vis de nos partenaires politiques, économiques et financiers internationaux.

II- et dans une machine vertueuse de création massive d’emplois, d’élargissement significatif de notre classe moyenne, de développement de notre monde rural, de distribution équitable des richesses de la Nation, d’éradication des vulnérabilités sociales, de cohésion sociale, de mise en place de filets sociaux et de nouveaux chemins de l’espérance pour notre jeunesse et nos générations futures.

De grands destins peuvent surgir d’idées simples. J’en reconnais la simplicité et non le simplisme Monsieur le Wali, et j’en fais l’exercice aujourd’hui pour démontrer qu’il existe bien des moyens pour cesser de tourner en rond et de faire déprimer nos populations et nos opérateurs économiques, et pour emprunter de nouvelles voies du possible, sachant que rien n’est fatalité, rien n’est figé, rien n’est immuable.

À l’inverse de la devise de Monsieur le Wali, citée plus haut, parfois il faut nécessairement prendre l’initiative de changer quelque chose ou même des choses, quand bien même rien que par le regard, pour que beaucoup ou tout change. Le statu quo provoque au mieux, le pourrissement et au pire, l’AVC.

Par Najib Mikou
Consultant en Prospective et Etudes Stratégiques