Najib Mikou
Expert en Prospective et Etudes Stratégiques

La prospective n’est pas de la voyance. C’est pour moi, la science qui projette un présent en mouvement, dans un futur en accouchement. Elle analyse les tendances lourdes des acteurs et des événements pour y explorer et en dégager l’avenir.

Faire un tel exercice dans le contexte politique national actuel, est hasardeux et peu aisé, pour trois raisons au moins, relevant elles-mêmes, de la prospective:

1- Les électeurs en termes d’effectifs et de profils, seront à 95% les mêmes qu’en 2016. Malgré la réouverture des inscriptions dans les listes électorales, l’impact de cette décision, serait faible.
Ceci dit, une bonne partie des précédents votes blancs et des électeurs déjà inscrits mais jusque-là abstentionnistes, qui décideraient cette fois de prendre le chemin des urnes, profiterait particulièrement au PI et au RNI.

2- Malgré tous les griefs objectifs exprimés contre le gouvernement sortant, et malgré l’usure du pouvoir, le PJD se maintiendrait comme le parti refuge des votes sanction du politique, qui ne sont pas négligeables.

3- A l’exception du PI et du RNI, qui mènent depuis quelques années, un travail de fond intra-muros et auprès des populations, toutes les autres composantes du champ politique, n’ont pas fait de percées qui les destineraient à des scores significatifs. Sachant bien que la nouvelle loi électorale profiterait à tous les partis sauf au PJD qui était le bénéficiaire quasi unique de celle d’avant.

Par conséquent, tout s’est passé pour que rien ne se passe ou presque. Le PJD convoitera le tout premier rôle, le PI et le RNI lui mèneront une bataille rude et décisive, le PAM s’investira à mort pour son maintien dans le peloton de tête mais n’y parviendra pas, et tous les autres partis en auront pour leur poids respectif habituel, à quelques nuances près.

Changement au niveau de la configuration du gouvernement?

Cette réalité du terrain et des tendances, pourrait s’exprimer différemment selon qu’il s’agisse du gouvernement ou des communes et régions.

Un changement significatif au niveau de la configuration du gouvernement, est très fort probable.

Le PJD n’échapperait pas malgré tout, à une dose de sanction populaire et aux effets naturels de la nouvelle loi électorale, qui lui feraient perdre la 1ère place au niveau des législatives. Et dans ce cas, ce parti déclarerait au soir-même du 8.09.21, qu’il passerait à l’opposition.

Le PI et le RNI, sauf erreur de casting pour le second, s’arracheraient la 1ère place, mais seraient ensemble au prochain gouvernement, et constitueraient une nouvelle majorité forte de quatre partis, avec le PAM et le MP.

Il faudrait néanmoins, s’attendre à une surprise au niveau du nom du chef du gouvernement dans le cas où le RNI serait en 1ère place.

L’UC pour sa part, devrait selon toute vraisemblance, décider de fusionner avec le RNI, lors de son prochain congrès.

Notre pays aurait par conséquent et enfin, une équipe gouvernementale ratissant du centre-droite au centre-gauche, qui cocherait les trois cases les plus importantes de majorité suffisamment large, homogène et soudée.

Il en a grandement besoin à plus d’un titre. Le positionnement international avec en tête, le dossier de l’intégrité territoriale dans toutes ses composantes, les transformations économiques portées par le NMD et complétées par les apports distinctifs de chaque parti de la majorité, les aspirations et espérances sociales, sont autant de chantiers où l’équipe gouvernementale devra mener une course contre le temps, rythmée en corps, en cœur et en compétence, sans la moindre faille.

Une nouvelle gauche solide?

Quant à l’opposition, elle serait vraisemblablement, à deux têtes, avec d’un côté un PJD autonome, et de l’autre, une gauche constituée de l’USFP, du PPS et du PSU qui devraient certainement œuvrer à trois, pour offrir au champ politique national, une nouvelle gauche solide, qui ferait parler d’elle en 2025 ou en 2030 au plus tard.

Ainsi, la singularité heureuse des législatives de 2021, résiderait incontestablement, dans un gouvernement fort et une opposition qui ne le serait pas moins. Ce qui serait de nature à éclairer la lisibilité du champ politique, à renforcer la démocratie et à pousser chacun des protagonistes au plus loin de ses moyens, dans l’exercice de son rôle constitutionnel.

Quant aux communales et aux régionales, elles n’accoucheraient pas de changement majeurs.

Le PJD se maintiendrait dans plusieurs de ses fiefs actuels, le PI gagnerait bien plus de terrain qu’en 2016, au détriment du PAM et/ou même du PJD, et le RNI récolterait quelques dividendes de la « distanciation politique » fracassante qu’il tient à observer vis-à-vis de son allié de huit ans. Tout le reste ne changerait rien à la donne.

Les régions déclineraient davantage cette configuration et l’on aurait plus de sens et de convergence entre les votes et les présidences des régions.

Ceci dit, il est nécessaire de préciser que cette prospective exercée sur les élections de 2021, ne s’est pas contentée juste d’explorer le champ du fort probable. Elle s’est lancée également, non sans risque, dans le champ du souhaitable, pour contribuer un tant soi peu, à montrer des voies de dénouement des goulots actuels.

Le résultat de cette touche méthodologique innovante en prospective, est édifiant: les deux champs s’avèrent être en parfait alignement, ce qui n’est arrivé que très rarement dans notre pays depuis l’indépendance.

Il suffira donc, d’un coup de génie pour faire profiter notre pays de l’alignement en perspective, à l’instar des grandes prouesses du pilotage de la pandémie et de l’opération Marhaba 2021, pour que le destin d’un meilleur Maroc économique et social, et d’un triplement du PNB (Produit national du bonheur), se mette en marche et devienne à portée de main. Ainsi, rien ne nous sera plus ni impossible ni inaccessible.

Enfin, à ceux qui taxeraient cette prospective des élections de 2021, d’optimiste et donc de peu réaliste et réalisable, ils devraient savoir que si le pessimisme est le propre des médiocres, l’optimisme n’est pas, par contre, l’œuvre des naïfs. Il est l’expression forte de compétents qui mettent très haut, la barre du possible et s’y mette pour y arriver, car leur destin personnel est de forcer un meilleur destin collectif.

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